Hier soir, le
Jeu de Paume Concorde a inauguré « Richard Avedon : photographies 1946-2004 », la première rétrospective consacrée en France
au photographe américain. Force est de constater que le succès ne s'est pas fait attendre : les Parisiens se sont déplacés en masse pour découvrir les 270 œuvres retraçant l'ensemble de sa
carrière.
Après sa présentation au
Louisiana Museum (du 24 août 2007 au 13 janvier 2008), puis au
Forma de Milan (du 14 février au 8 juin 2008), la rétrospective est, pour sa venue à Paris, complétée par une large sélection de photographies de In the American West, série clé dans
l’itinéraire artistique d’Avedon (1923-2004).
A

vec émerveillement, le public
contemple des portraits témoignant d’une véritable empathie, et révélant les différentes facettes des modèles. Il se laisse imprégner par le nouveau souffle que le maître impulse à ses images.
Cela est particulièrement visible dans les clichés réalisés pour différents magazines, tels que
Life et
Harper’s Bazaar (dont il devient bientôt le photographe principal), les
portraits de stars (Marylin Monroe, les Beatles...) ainsi que ceux des membres de la Factory. Dans
Andy Warhol and members of The Factory (Andy Warhol et les membres de la Factory,
1969), Avedon représente un groupe de personnes plus ou moins vêtues et réussit à montrer la quintessence de la révolution sexuelle et artistique de la fin des années 1960.
Dans un autre style, Avedon signe, entre 1969 et 1973, une émouvante série de portraits de son père, alors que celui-ci est rongé par un cancer. La photographie lui sert alors à enregistrer la
surface des choses et l’empreinte de la survie.
Dans les dernières salles, les visiteurs admirent la série « In the American West » (125 portraits de gens de l’ouest américains commandés par le
Amon Carter Museum de Fort Worth, Texas).
De 1979 à 1984, le photographe sillonne l’Ouest américain, qui subit alors une grave récession économique et centre son attention sur des lieux bien précis : ranchs, mines de charbon, foires aux
bestiaux, abattoirs, relais routiers… Il réalise le portrait de sans-abri, d’ouvriers agricoles, de mineurs, de serveuses, etc., coupés de l’environnement qui est habituellement le leur. L’idée
est de faire entrer les exclus et les défavorisés dans la tradition du portrait, de placer les faibles là où l’on représente ordinairement les puissants. Pour ce faire, Avedon utilise, comme pour
ses portraits de célébrités, la chambre, le fond neutre et l’éclairage — soit les éléments qui composent son style, immédiatement reconnaissable.
Il en résulte des clichés sans concession, dans lesquels Avedon a su mettre en scène la lutte quotidienne pour la vie et le déclin d’un système de valeurs traditionnellement associées à l’Ouest
américain. Empreints d’humanisme et d’une grande sobriété, ces portraits grandeur nature d’Américains anonymes, issus des couches les plus défavorisées de la société, sont immédiatement devenus
un classique de l’histoire de la photographie.
[Visuel : Photographie Richard Avedon,
Autoportrait. Provo, Utah, 20 août 1980. © 2008 the Richard Avedon Foundation]